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Rapport sur la recherche dans le domaine Amérique coloniale

Par Thomas Gomez

Publié en ligne le 28 septembre 2006

Le présent rapport constitue la synthèse très concise réalisée à partir de l’enquête menée dans l’ensemble des universités françaises où un enseignement sur l’Amérique coloniale était susceptible d’être proposé aux étudiants. L’envoi était ciblé sur les personnalités (Pr ou MdC) dont le rapporteur savait pertinemment qu’ils étaient directement concernés par l’enquête. En l’absence d’américaniste labélisé colonial, le questionnaire a été adressé aux responsables de centres de recherche. L’outil employé a été l’annuaire de la SHF.

Devant l’absence de réponses dans un premier temps, une relance a été nécessaire pour n’obtenir finalement que 2 réponses pour dire que l’Amérique coloniale n’était pas enseignée dans ces universités, deux promesses de réponses qui ne se sont pas concrétisées, une (et pas des moindres) qui n’a pu être jointe, Paris III, et sept réponses plus ou moins étoffées de : Marne la Vallée, Paris IV, Pau, Perpignan, Poitiers, Paris X et Toulouse.

Compte tenu de ma connaissance de la géographie universitaire concernant le domaine colonial en France, les résultats de l’enquête me semblent acceptables et pertinents.

La plupart des réponses font état de l’existence d’un enseignement et de recherches au sein d’équipes d’accueil pluridisciplinaires dans lesquelles les études coloniales constituent un sous-groupe et le travail s’organise autour d’une personnalité qui entraîne dans son sillage d’autres chercheurs et quelques thésards.

L’Amérique coloniale est un espace présent dans presque toutes les réponses mais minoritaire par rapport à l’ensemble de l’américanisme qui concerne davantage la période dite « républicaine » et surtout contemporaine.

L’Amérique coloniale fait l’objet de séminaires en alternance pour la plupart d’entre eux avec d’autres époques ou d’autres thématiques.

Ce qui ressort de façon certaine c’est l’organisation de colloques en partie ou en totalité consacrés à l’Amérique coloniale dans presque toutes les universités.

Concernant la documentation (archives, bibliothèques, etc.), rien de spécifique n’est relevé ; ce qui laisse penser que c’est avant tout dans les fonds généraux, pas toujours très à jour, des différentes BU qu’il faut aller chercher les publications concernant le domaine. A l’exception de Paris où la bibliothèque de l’IHEAL est relativement bien achalandée en ouvrages sur l’Amérique coloniale. Parfois la situation s’est aggravée comme à Toulouse où la bibliothèque spécialisée sur l’Amérique latine (CEDOCAL) a été rendue pour ainsi dire impraticable, voire invisible, en étant versée dans le fonds général de la BU.

Aucun espace et aucun budget spécifique exclusivement consacré à l’Amérique coloniale n’est cité dans l’enquête. Les chercheurs émargent au budget des Equipes d’accueil ou des UMR comme tous les autres chercheurs des autres sous-groupes.

Toutes les universités qui ont répondu ont des relations, des accords et parfois des échanges avec des universités espagnoles et latino-américaines. Cependant, compte tenu des difficultés à obtenir des financements et des difficultés à se déplacer, il faudrait une enquête plus fine pour s’assurer de la réalité de ces échanges car il est probable qu’ils soient purement formels.

La présence de l’Amérique coloniale dans l’enseignement est très variable Elle apparaît parfois à tous les niveaux, de la première année au Master (Paris X, Marne, Poitiers). Il semble que cela tienne à la présence d’un professeur spécialiste. Parfois, elle n’est enseignée qu’au niveau de la Licence, que ce soit en LLCE ou en LEA. Elle apparaît sous forme épisodique dans certaines universités et elle est totalement absente dans beaucoup d’autres.

Les jeunes chercheurs, quel que soit leur statut, sont intégrés dans les séminaires et les colloques ainsi que dans les écoles doctorales toujours pluridisciplinaires. Celles-ci soulèvent parfois des interrogations voire des critiques (empêchent la visibilité des centres de recherche).

Le nombre de doctorants dans ce domaine se réduit comme une peau de chagrin. Bien que rien ne soit dit sur ce point, le rapporteur peut avancer que pour des raisons évidentes (déplacements et séjours lointains et onéreux, difficultés d’accès et de lecture des sources, etc.) les recherches sur l’Amérique coloniale sont moins attrayantes pour les jeunes chercheurs. Et ce ne sont pas les bourses de la SHF qui changeront substantiellement la situation. C’est vrai d’une façon générale, à la exception des études cubaines qui explosent mais s’agit-il véritablement d’études américanistes et véritablement coloniales? On pourrait en discuter.

Aucune université ne possède des publications spécifiques sur l’Amérique coloniale mais toutes ont des publications régulières ou épisodiques (revues, collections de travaux des séminaires, actes de colloques) qui publient les recherches portant sur des questions coloniales. Les publications virtuelles commencent à se mettre en place mais avec difficulté, semble-t-il. Le REDIAL qui n’est cité par personne est probablement l’outil le plus performant dans ce domaine puisqu’il répertorie les rencontres, les évènements de tout type, les publications, les soutenances et HdR, etc., dans notre domaine.

La diffusion grand public se fait à travers les colloques et les conférences ouverts à tous et par les présentations d’ouvrages : Cf. Maison de l’Amérique latine à Paris

D’une façon générale les réponses montrent que la place de l’Amérique latine coloniale dans les programmes des concours est correcte. Cependant, la dernière question qui figurait aux programme du CAPES et de l’Agrégation est unanimement décriée, que ce soit dans sa formulation ou dans son contenu, en des termes très sévères : scandaleuse, très mal formulée, absurde, etc. Un collègue se montre farouchement opposé à des questions déconnectées d’un corpus écrit précis et contre des bibliographies inutilisables car monstrueuses.

Pour ce qui est du recrutement des enseignants chercheurs on remarque un déficit important dans notre domaine qui se voit peu à peu déserté. L’émergence d’autres espaces tels que l’Amérique contemporaine ou le cinéma ne devrait pas se faire au détriment de l’Amérique coloniale qui reste un espace utile et formateur à tous égards que l’on est en passe d’abandonner à la recherche espagnole, anglo-américaine ou allemande.

La recherche latino-américaine dans le domaine colonial reste relativement active et elle est présente de façon inégale dans le panorama universitaire français. Cependant, le rapporteur souligne un repli, une tendance au déclin dont les causes tiennent aux difficultés matérielles et au manque de moyens, eu égard à l’éloignement des sources et aux coûts pour les consulter, ainsi qu’à la concurrence d’autres espaces qui permettent une recherche plus commode et plus attrayante.

Par ailleurs, on a l’impression que la disparition par départ à la retraite (Saint-Lu, les frères Duviols, Estrade, Lafaye et plus récemment Sanchez) ou malheureusement par décès (Baudot, Minguet, Milhou) des figures de proue de l’américanisme colonial qui ont donné leurs lettres de noblesse à ce domaine et ont formé la génération actuellement en fonctions a laissé un espace qui se désertifie et qu’il semble difficile de combler actuellement. D’autant plus que la concurrence surtout en région parisienne de l’EHESS est rude et qu’elle retient bon nombre de thésards dont beaucoup d’étrangers qui auraient parfaitement leur place dans nos formations.

Cela se traduit par un étiage du nombre de thèses soutenues et de sujets  déposés (vérifié auprès du fichier central) et par une absence regrettable de candidats aux postes à pourvoir par les différentes commissions de spécialistes. Ce qui a pour effet concomitant l’afflux de candidats historiens, ethnologues, anthropologues, sociologues qui briguent les postes d’Espagnol au seul motif que leurs travaux portent sur l’Amérique latine et souvent sans le moindre diplôme en Espagnol, la discipline qu’ils seront appelés à enseigner.

C’est extrêmement dangereux pour notre discipline et pour nos formations. Car cela pourrait vouloir dire que nous ne sommes pas capables de former notre propre relève et plus grave encore que n’importe qui peut enseigner notre discipline, l’Espagnol, sans avoir les titres ni la formation ad hoc ce qui constitue la meilleure façon de la déprécier. Je saisis donc l’occasion de ce rapport pour tirer la sonnette d’alarme et appeler les chercheurs en quête d’espaces de recherche à s’intéresser à un continent et à une époque qui demeurent passionnants et dans lesquels il reste encore beaucoup à faire.

Pour citer cet article :  Gomez Thomas (2006). "Rapport sur la recherche dans le domaine Amérique coloniale".  Actes des journées d'études de la Société des Hispanistes Français, Poitiers, 12 et 13 mai 2006.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/shf/document274.php (consulté le 22/09/2017).

 
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