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La recherche dans le domaine espagnol. XVIII e -XIX e siècles

Par Françoise étienvre et Jean-Louis Guereña

Publié en ligne le 28 septembre 2006

Périodiquement, et ce depuis son mémorable XXe congrès tenu en 1984 à Madrid, la Société des Hispanistes Français a pris l’habitude de se pencher, à l’occasion de ses Journées d'études, sur la recherche hispanique menée en France depuis la création de la Société en 1962, ce qui constitue sans nul doute l’une de ses missions importantes, et permet d’en constater tant le dynamisme que la diversité, que l’on ne retrouve pas toujours dans le cadre de l’hispanisme d'autres pays, européens ou pas, où l’hispanisme demeure encore relativement cantonné aux seules approches littéraires et linguistiques1.

Lors de ces Journées d’études de Poitiers de 2006, plutôt que de revenir sur un bilan – certes toujours nécessaire et utile- de la production individuelle des hispanistes français (à laquelle l’on peut d’ailleurs facilement accéder en consultant le Bulletin Bibliographique de la S.H.F. établi tous les deux ans2), l’accent a été mis sur la recherche « institutionnelle » des hispanistes français menée dans le cadre des différentes équipes et structures de recherche mises en place au sein des diverses universités.

Ce type de bilan sur l’organisation « administrative » de la recherche de l'hispanisme français avait déjà fait l’objet d'une précédente enquête de la S.H.F. en 1986, naturellement en partie totalement caduque vingt ans après, et, partiellement, du programme des Journées d'études organisées à Paris en 1990 sur la production, l’évaluation et la diffusion de la recherche hispaniste puis, de nouveau en 1996, à Paris et à Saint-Jacques de Compostelle, autour du doctorat et de la recherche dans l’hispanisme européen3.

Mais c’était avant le passage de nos universités au système universitaire européen dit « L-M-D » et aux phases d’élaboration des contrats quadriennaux (et donc d’habilitation ministérielle des équipes et des masters recherche) qui ont entraîné une modification certaine, parfois radicale, des structures de recherche et de nos habitudes de travail. Il était donc utile, voire nécessaire, d’y revenir.

Quelques remarques préliminaires s’imposent avant de tenter de dresser un inventaire ou une radiographie de la situation actuelle, qu’il n’est d’ailleurs pas toujours facile d’appréhender avec précision et exhaustivité4, et d’évoquer quelques points relatifs à l’organisation de la recherche hispanique dans le champ chronologique qui nous a été confié lors de ces Journées d'études.

Tout d’abord, il convient de rappeler encore une fois que « l’hispanisme » comme discipline universitaire dans laquelle nous nous situons ici (autrement dit, la 14e section du C.N.U., dont l’intitulé – « Langues et Littératures romanes » – serait sans doute à revoir puisqu’il ne correspond qu’en partie à la réalité des enseignements et des recherches hispanistes en France) ne constitue pas une discipline scientifique proprement dite. L’ « hispanisme » correspond à un vaste et multiple espace culturel (européen et américain de surcroît) où se croisent à des degrés divers plusieurs disciplines, ce qui contribue de ce fait à la diversité intrinsèque, mais aussi à la spécificité des études hispanistes en France, tout en entraînant un certain « repli » inévitable sur cette seule aire culturelle, partiellement comblé toutefois dans le cadre de structures interdisciplinaires de recherche, comme nous le verrons plus loin.

Nous tiendrons donc compte de cette diversité thématique à travers les champs relativement bien connus de la « Littérature » et de la « Civilisation », vaste notion abordée à de nombreuses reprises par la S.H.F. et notamment lors des Journées d’études précédentes, organisées à Amiens en 2003 (La civilisation en questions)5. Souvent, pour ne pas dire pratiquement toujours, les deux spécialités cohabitent harmonieusement au sein des équipes de recherche où l’interdisciplinarité est de règle. Notons d’ailleurs que nombreux sont les hispanistes à pratiquer avec un égal bonheur recherches historiques et recherches littéraires, montrant par là que la coupure serait artificielle et que, sans doute, la notion de civilisation ou d’histoire culturelle peut aussi rendre compte de cet investissement multiple6.

Une deuxième remarque a trait aux frontières chronologiques de la période traitée, autrement dit à l'association effectuée, à la demande des organisateurs, entre les XVIIIe et XIXe siècles, alors que traditionnellement, à tort ou à raison, le XIXe siècle est plutôt rattaché au XXe, à l'intérieur de ce qu'il est convenu d'appeler « l’époque contemporaine ». Nous verrons d’ailleurs ce qu’il en est dans la pratique des équipes de recherche et nous serons sans doute obligés de redire ce qui pourra être dit par d’autres rapporteurs, en particulier par Geneviève Champeau et Paul Aubert pour ce qui est du XXe siècle espagnol.

Il est vrai que lors du bilan de la recherche hispanique en France de 1962 à 1984, dressé lors du XXe congrès de la S.H.F. tenu à Madrid en 1984, une partie du XIXe siècle (son premier tiers jusqu’à la mort de Ferdinand VII en 1833) avait été rattaché au XVIIIe siècle alors que le reste l’avait été au XXe7. En revanche, lors des Journées d’études de mars 1998 consacrées au bilan de la recherche des hispanistes français de 1984 à 1998, chacun des deux siècles avait eu droit à un traitement spécifique (le XVIIIe siècle par Jacques Soubeyroux et le XIXe par Jean-François Botrel)8.

La stricte division par siècles est certes quelque peu artificielle et il faut sans doute en repenser les frontières, tous les siècles étant en quelque sorte des périodes de transitions. Quand finit donc l'Ancien Régime et quand commence l’époque dite « contemporaine »? La césure de 1808 est-elle toujours pertinente? Faut-il la retarder à 1833 avec la régence de Marie-Christine et la structuration de l’État libéral? De même, pour reprendre l’interrogation de Guy Mercadier en 1984, « quand commencent à briller les Lumières? »9. Et, par ailleurs, doit-on se référer à un « long XIXe siècle » qui déborderait en aval sur le XXe, vers 1917, par exemple?

En nous en tenant ici simplement à la division traditionnelle par siècles, nous examinerons en premier lieu l’organisation de la recherche sur l’Espagne des XVIIIe et XIXe siècles dans les 54 universités où existe un département (voire une UFR dans certains cas) d'espagnol (il faut certes y ajouter l’ENS LSH de Lyon), en tenant compte des informations partielles dont nous disposons, avant d’aborder, plus rapidement, divers points relatifs à la liaison entre la recherche et l'enseignement (Masters Recherche et Ecoles Doctorales), les thèses et les habilitations à diriger des recherches, la diffusion de la recherche et la coopération internationale ainsi que, pour finir, la liaison entre les concours de recrutement et la recherche.

Si l’on examine l’organisation actuelle de la recherche hispanique en France, autrement dit la structuration et l’orientation même des équipes de recherche reconnues et labellisées par le Ministère (pour l’essentiel, des équipes dites « d’accueil » [EA]), il faut bien constater de prime abord qu'il n'existe aucune unité spécialisée dans l’étude du XVIIIe ou/et du XIXe siècle en Espagne, ce qui bien évidemment ne veut pas dire que ces périodes ne soient pas représentées à un titre ou à un autre dans l’organigramme de la recherche hispanique française.

En effet, si, en amont de notre période, le Moyen Age, le Siècle d'Or (les XVIe et XVIIe siècles), et en aval, le XXe siècle, bénéficient de l'existence de structures de recherche relativement spécialisées et consolidées, il n’en va pas de même pour les XVIIIe et XIXe siècles, depuis la disparition ou l’intégration dans d'autres structures de centres de recherche spécialisés, comme le furent en leur temps le Centre d'Études Ibériques et Ibéro-Américaines du XIXe siècle de l’Université de Lille III (Université Charles de Gaulle)10 ou le CRODEC (Centre de Recherche sur les Origines de l’Espagne Contemporaine) de l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle. Cela voudrait-il dire que ces deux siècles, qui comptent pourtant toujours d’éminents chercheurs, soient actuellement quelque peu délaissés au sein de l’hispanisme français?

De ce fait, les XVIIIe et XIXe siècles se voient associés à d’autres périodes (souvent le XXe siècle, et parfois, pour ce qui est du XVIIIe, au XVIIe). Nul doute que le passage au système « L-M-D » et au financement de la recherche universitaire par contrats quadriennaux a obligé les hispanistes à repenser localement les structures de recherche en devant s'associer et se regrouper au sein même de leur université, souvent y compris en dehors des frontières de l’aire hispanique. La pluridisciplinarité et la recherche comparatiste entre diverses aires culturelles, que certaines équipes pratiquaient déjà, y ont sans doute gagné, mais la visibilité même de l’hispanisme en est devenue moins évidente.

De nombreuses équipes d'accueil où sont insérés, en totalité ou en partie, les hispanistes, sont en effet, et pas toujours dans de petites universités, des équipes non spécifiquement hispanistes, regroupant ainsi des spécialistes de diverses langues vivantes (en particulier romanes), voire d'autres disciplines du secteur des Sciences Humaines et Sociales (comme la Littérature française et comparée, l’Histoire...), et dans lesquelles les hispanistes peuvent, dans les meilleurs des cas, disposer d’un groupe ou d’une sous-équipe autonome.

L’époque contemporaine (incluant donc le XIXe siècle), et dans une moindre mesure le XVIIIe siècle, y sont généralement présents. Toutefois, les programmes de recherche retenus s'engagent généralement sur des axes transversaux (lorsqu’il n'y a pas de groupe ou sous-équipe hispaniste) et il peut arriver dans ce cas qu’une dominante franchement « littéraire » peine à associer les « civilisationnistes » locaux.

Ce cas de figure, avec des équipes de recherche habilitées non spécifiquement hispanistes, se retrouve, par exemple, à Besançon (Université de Franche-Comté) avec l'équipe Littérature et histoire des pays de langues européennes (EA 3224), à Caen (Université de Basse Normandie) avec le LEIA (Laboratoire d’Études Italiennes, Ibériques et Ibéro-Américaines, EA 1773), à Cergy-Pontoise avec le CICC (Civilisations et identités culturelles comparées des sociétés européennes et occidentales, EA 2529), à Chambéry (Université de Savoie) avec le laboratoire LLS (Langages, Littératures et Sociétés) qui comprend plusieurs axes dont celui consacré à « La société de Cour aux XVIIe et XVIIIe siècles », à Clermont-Ferrand II (Université Blaise Pascal) avec le CRCEMC (Centre de Recherche sur les Civilisations Étrangères dans le Monde Contemporain, EA 3298) et le CRLMC (Centre de Recherche des Littératures Modernes et Contemporaines, EA 1002), à Grenoble III (Université Stendhal) avec l’ILCEA (Institut des langues et cultures de l'Europe et d'Amérique, EA 613) où s’insère le CERHIUS (Centre d’Etudes et de Recherches des Hispanistes de l'Université Stendhal), à Lille III (Université Charles de Gaulle) avec CREATHIS (Création et Histoire dans le Monde Hispanique, en Italie et au Portugal, EA 1064), à Limoges avec l'EHIC (Espaces Humains et Interactions Culturelles, EA 1087), à Nantes avec le CRINI (Centre de Recherche sur les Identités Nationales et l’Interculturalité, EA 1162), à Nice (Université de Nice-Sophia Antipolis) avec le CIRCLES (Centre Interdisciplinaire Récits, Cultures et Sociétés, EA 3159), à Paris VIII (Université de Vincennes-Saint-Denis) avec le Centre de Recherches en Linguistique, Littératures et Civilisations Romanes (EA 1570), dont fait partie l’ERESCEC (Équipe de Recherche sur les Sociétés et les Cultures de l’Espagne Contemporaine), à Poitiers avec le MIMMOC (Mémoires, Identités, Marginalités dans le Monde Occidental Contemporain, EA 3812), à Rennes II (Université de Haute-Bretagne) avec l’ERILAR (Équipe de Recherche Interdisciplinaire en Langues Romanes, EA 2613), à Saint-Étienne (Université Jean Monnet) avec le CELEC (Centre d’Études sur les Littératures Étrangères et Comparées, EA 3069) dans lequel est intégré le GRIAS (Groupe de Recherches Ibériques et Ibéro-Américaines), ou encore à Versailles-Saint Quentin avec l’équipe « États, sociétés, religions du Moyen Age au XVIIIe siècle » (EA 2449).

Un cas particulier, puisqu’il s'agit d’une unité de recherche du CNRS, est celui de l’UMR 6570 TELEMME (Temps, Espaces, Langages, Europe Méridionale-Méditerranée) de l’Université de Provence (Aix-Marseille I), vaste unité pluridisciplinaire regroupant historiens, géographes, ethnolinguistes et hispanistes et ayant défini quatre grands programmes, à l’intérieur desquels se sont formés des groupes de travail sur des thématiques coordonnées. Son Programme 3 (« Pouvoirs et sociétés en Europe méridionale du Moyen Age à nos jours ») comprend ainsi plusieurs Groupes où s’intègrent des hispanistes aixois.

Autre cas de figure, lorsqu’il existe localement une équipe de recherche proprement hispaniste, celle-ci regroupe des spécialistes de diverses époques (éventuellement avec divers axes de recherche plus spécialisés, ce qui est surtout le cas des universités les mieux dotées en personnel).

C’est ainsi le cas à Bordeaux III (Université Michel de Montaigne) avec l’AMERIBER (Amérique Latine, Pays Ibériques, EA 3656), où s’insère l'ERPI (Équipe de Recherche sur la Péninsule Ibérique), à Montpellier III (Université Paul Valéry) avec ETILAL (Études Ibériques, Latino-américaines et Lusophones), à Paris X-Nanterre avec le CRIIA (Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-Américaines, EA 369), qui comprend un axe portant sur l’Espagne contemporaine – plutôt orienté d'ailleurs sur le XXe siècle, à Perpignan avec le CRILAUP (Centre de Recherches Ibériques et Latino-Américaines, EA 764) ou à Tours (Université François Rabelais) avec le CIREMIA (Centre Interuniversitaire de Recherche sur l’Éducation et la Culture dans les Mondes Ibériques et Ibéro-Américains, EA 2112).

Le cas le plus favorable, pour ce qui concerne les XVIIIe et XIXe siècles espagnols, est celui du regroupement au sein d'une équipe hispanique consacrée spécifiquement à l’époque contemporaine en Espagne, entendue dans un sens plus ou moins large du terme (XVIIIe, XIXe et XXe siècles – voire aussi le XXIe - et ou les seuls XIXe et XXe siècles). C’est le cas du CREC (Centre de Recherche sur l'Espagne contemporaine, EA 2292) de l'Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle ou d’Españ@31 – Centre de Recherche Toulousain sur l’Espagne Contemporaine (XVIIIe-XIXe-XXe-XXIe siècles), UA 800, actuellement en voie de restructuration – à l’Université de Toulouse-Le Mirail (Toulouse II), dont le programme de recherche s’articule autour de quatre pôles; deux d’entre eux concernent les XVIIIe et XIXe siècles.

À l’Université de Paris IV-Sorbonne, le XVIIIe siècle est associé au Moyen Âge et aux siècles d'Or dans le cadre de l’EA 2559 (« Civilisations, littératures d’Espagne, d’Amérique, du Moyen Âge aux Lumières »), et le XIXe est intégré pour sa part au CEC (Civilisation de l’Espagne contemporaine) dans le cadre du CRIMIC (Centre de recherches interdisciplinaires sur les mondes ibériques contemporains, EA 2561).

Il faut évoquer, pour finir, l’existence de structures de recherche inter-universitaires, non associées directement à une université, mais fonctionnant sur le régime des associations. C’est le cas de PILAR (Presses, Imprimés, Lecture dans l’Aire Romane), qui organise annuellement un colloque, suivi de publication, comme ce fut le cas de l’hommage rendu à Jean-François Botrel, l’un des fondateurs de l’équipe, alors insérée au sein de l’Université de Rennes II11, et d’ALMOREAL (Angers, Le Mans, Orléans, Relations Europe-Amérique Latine), qui organise périodiquement des manifestations scientifiques. Dans ces deux cas, des communications portant sur le XIXe siècle peuvent être présentées.

Peut-être faudrait-il dire un mot également de la Casa de Velázquez (École des Hautes Études Hispaniques) qui, sans être une structure de recherche comme telle, organise de nombreuses manifestations scientifiques et publie les Mélanges de la Casa de Velázquez, dont l’un des fascicules est précisément consacré aux périodes moderne et contemporaine.

L’on peut constater à la lumière de cet inventaire partiel que le XIXe siècle espagnol semble plus présent dans les structures et programmes de recherche des hispanistes français que le XVIIIe. L’intégration du XIXe siècle à « l’époque contemporaine » y est sans doute pour beaucoup et le nombre de chercheurs, relativement faible, qui s’investissent à titre principal sur le XVIIIe siècle est aussi à pendre en compte.

Equipes d’accueil de la recherche (EA), les unités de recherche que nous venons d’évoquer ont pour vocation d’intégrer l’ensemble des doctorants (ainsi que, dans une moindre mesure, les étudiants de Master 2), ce qu’elles font à l’occasion des séminaires et journées d'études plus ou moins spécialisées qu’elles organisent périodiquement.

Le fonctionnement des équipes sur la base de contrats quadriennaux a généralisé la mise au point de programmes pluri-annuels de recherche, voire de plusieurs programmes plus ou moins pointus si l’équipe est divisée en plusieurs sous-équipes ou groupes de travail autour d’un (ou de plusieurs) directeur de recherches. Toute la difficulté consiste naturellement à trouver le point d’équilibre susceptible de rallier un nombre d’enseignants-chercheurs (et aussi de doctorants) relativement conséquent à l'intérieur d'un champ de spécialité aux contours bien établis. Le fonctionnement collectif harmonieux de l’équipe suppose également le dépassement des intérêts individuels.

Comme de nombreuses Équipes d'accueil, les masters Recherche qui s’y adossent sont souvent interdisciplinaires, regroupant en général les Langues vivantes étrangères, voire également les Lettres modernes et anciennes, sous un vaste intitulé (comme, par exemple, celui de « Pratiques culturelles »). Lorsque la « mention » ou la « spécialité » du Master est spécifiquement hispaniste, l’intitulé est en général des plus larges (du style "Études hispaniques et Latino-américaines").

Plus libres et plus pointus que les enseignements de Licence (il faudrait toutefois signaler l’intérêt que présentent les « UE libres » de Licence 3 et bien entendu de Master 1, qui s'adressent à un public étudiant qui dépasse les frontières du public hispanisant auquel nous sommes habitués), les séminaires de Master 1 et 2, auxquels sont parfois associés les Maîtres de Conférence non habilités, permettent d’exposer les résultats de la recherche déjà menée ou en cours par les enseignants-chercheurs.

Dans ce cadre, à l’intérieur d'un master hispanique général dans son intitulé, il peut y avoir des séminaires sur le XVIIIe et/ou le XIXe siècle, mais ce n’est pas une règle générale. De même, les séminaires de l’École Doctorale (regroupant, selon les cas, l'ensemble des équipes du secteur SHS en plusieurs filières ou selon des thématiques transversales) auxquels participent les hispanistes sont en phase avec les recherches poursuivies à titre individuel ou collectif dans le cadre de l’Équipe de recherche et sont donc susceptibles d'inclure des enseignements portant sur ces périodes. Tout dépend, bien entendu, de la présence ou non, de spécialistes des XVIIIe et XIXe siècles, et l’on ne peut que souhaiter la présence généralisée d’enseignements de Littérature et de Civilisation portant sur ces deux siècles.

Dans son bilan consacré aux thèses soutenues et en cours en études ibériques et latino-américaines dressé il y a dix ans, Jean Franco n’abordait pas précisément la question de la périodisation, ce qui ne permet pas d’établir de comparaison12. Il y signalait toutefois que la « civilisation », entendue au sens très large du terme certes (en gros, ce qui n'est pas de la Littérature), se taillait alors la part du lion.

De manière générale, l’on peut constater que l’intérêt grandissant des doctorants pour le XXe siècle (voire même déjà pour le XXIe!), ainsi que sur des objets spécifiques comme l’image et le cinéma, a entraîné une certaine désaffection pour les recherches portant sur le XIXe et le XVIIIe siècle13, ce que l’on peut retrouver au niveau des publications individuelles des hispanistes recensées par le Bulletin Bibliographique de la S.H.F.14. Un certain mieux semble toutefois perceptible pour ce qui est du XVIIIe siècle.

Le renouvellement des enseignants-chercheurs – et surtout des directeurs de recherche- s'est-il bien effectué partout de manière satisfaisante, suite au départ à la retraite de nombreux collègues spécialistes des périodes concernées, pas toujours remplacés dans le même domaine de compétence (voire, malheureusement, pas remplacés du tout), ce qui a pu entraîner ici ou là un déplacement des doctorants vers d'autres périodes?

Il convient également de signaler que dans de nombreux départements où il n’y a que peu (voire pas du tout dans le pire des cas) de cours portant, dans le cursus de Licence, sur les XVIIIe et XIXe siècles, bien souvent parce qu’il n'y a pas de spécialistes de ces périodes (même si ce n'est pas une raison suffisante), les doctorants ne s’engagent pas, logiquement du reste, vers ces périodes, ce qui peut constituer un autre élément d’explication à la moindre production actuelle de thèses sur ces deux siècles.

La plupart des équipes ou groupes mentionnés publient régulièrement le résultat de leurs travaux – notamment les actes des colloques qu'ils ont organisés – sous forme traditionnelle, dans des collections propres à leurs universités de rattachement ou chez des éditeurs extérieurs (c’est le cas d’Amiens, par exemple).

La quasi totalité des équipes disposent également d'un site Internet (dans le cadre de leur Université de rattachement), plus ou moins fourni, et où certaines équipes, en dehors des informations concernant leurs activités (dates des séminaires...), mettent en ligne communications et articles en format PDF (comme le fait, par exemple, le CIREMIA), voire même de véritables publications, comportant une pagination continue, une introduction et une table des matières, et disposant pour ce faire d’un numéro spécifique d'ISSN (comme dans le cas du CREC).

Parmi les publications périodiques sur « papier », et sans parler du Bulletin Hispanique, qui publie régulièrement des articles consacrés aux XVIIIe et XIXe siècles espagnols (plutôt du point de vue de la littérature) et d’autres revues hispanistes « généralistes » comme Tigre, fondée en 1984 au sein du CERHIUS de l’Université Stendhal (Grenoble III) et consacrée à la littérature et à la civilisation d’Espagne et d’Amérique latine des origines à nos jours, les hispanistes civilisationnistes français spécialistes de l’époque contemporaine disposent d'un espace d’expression propre qui est en même temps un lieu d'échanges avec les historiens espagnols, le Bulletin d'Histoire Contemporaine de l'Espagne [B.H.C.E.], dont il convient de dire quelques mots.

Celui-ci est actuellement hébergé dans l'UMR TELEMME de l’Université de Provence, mentionnée ci-dessus, et il prolonge l’ancien Bulletin du département de recherches hispaniques de l’Université de Pau, fondé en 1971 par Manuel Tuñón de Lara [1915-1997], dont on sait le rôle éminent qu’il y joua. Après plusieurs années d'interruption, sa publication vient juste de reprendre avec le nº 32-36 (dont la partie monographique est consacrée à Las logias masónicas en la modernización de España).

Le B.H.C.E. est organisé en cinq rubriques principales: informations scientifiques (colloques passés et à venir, tant en France qu’en Espagne); partie monographique (au sommaire des derniers numéros: Los protagonistas de las relaciones internacionales et Fêtes, sociabilités, politique dans l’Espagne contemporaine); résumés de thèses soutenues dans le domaine de l’Histoire contemporaine de l’Espagne (tant en France qu’en Espagne); bibliographie (selon un double classement, chronologique et thématique, où sont indexés aussi bien les articles de revues et les communications de colloques que les ouvrages); comptes-rendus de livres. Peuvent s'adjoindre des « notes » et des informations diverses. L'ensemble en fait un instrument fondamental pour l’étude de l’histoire contemporaine de l’Espagne, si toutefois sa périodicité régulière est de nouveau assurée.

Signalons également le projet très avancé d’une revue en ligne, Cahiers de civilisation espagnole contemporaine (de 1808 au temps présent). Histoire économique, politique, sociale et culturelle, hébergée par le site de l’Université de Paris X-Nanterre. Couvrant le champ du contemporain, de 1808 à nos jours (mais le XVIIIe siècle, au moins sa deuxième moitié, n'est pas exclu a priori), cette revue vise à assurer dans son domaine la visibilité de l’activité et de la production scientifique des hispanistes français, non seulement vis-à-vis du public français, mais aussi espagnol.

La coopération internationale (dans notre cas essentiellement avec l’Espagne) est de mise dans la plupart, pour ne pas dire la totalité des équipes concernées, qui comprennent plusieurs membres associés étrangers et sont amenées à organiser séminaires et colloques en collaboration, voire à en publier les actes en co-édition avec des partenaires espagnols.

Par rapport à l’historiographie espagnole, les recherches des hispanistes français, souvent novatrices, constituent très certainement actuellement un hispanisme de proposition ou de coopération et non plus de substitution comme ce fut autrefois le cas15. Le rôle de la Casa de Velázquez, déjà évoquée, nous paraît essentiel de ce point de vue.

Il faut finalement évoquer ici le cas des « actions intégrées » entre la France et l’Espagne (Programme « PICASSO »), dont certaines ont pu concerner par le passé les XVIIIe et XIXe siècles espagnols16, et surtout des co-tutelles de thèse, difficiles à mettre en œuvre puisque l’organisation même des soutenances de thèses est différente entre les deux pays (le directeur de recherches ne faisant pas partie du jury en Espagne où, par ailleurs, il n’y a pas de rapport final écrit), ce qui nécessite l’établissement d’une convention inter-universitaire, toujours fort longue à établir17. Bien des universités espagnoles, sinon toutes, refusent d’ailleurs le système réel de co-tutelle et imposent leurs propres critères. Il s’agit alors de directions conjointes, mais tout se passe en Espagne et en espagnol.

De manière relativement régulière, les XVIIIe et XIXe siècles, en totalité ou en partie, sont au programme des concours de recrutement (CAPES et Agrégation, externe et interne), même si l’on peut déplorer des différences entre les divers concours, ce qui entraîne des difficultés certaines dans bon nombre de départements pour leur préparation.

C'est par exemple le cas en 2006 et 2007 avec la question de civilisation au programme de l'Agrégation externe « L'Espagne des Lumières au Libéralisme (1746-1833) ». C'était également le cas précédemment, pour le seul XIXe siècle associé au XXe avec la question relative à « Armée et société en Espagne (1808-1939) » (pour l'Agrégation externe, le CAPES externe ayant eu au programme une chronologie plus resserrée, n’incluant que le dernier quart du XIXe siècle, alors que le programme de l’Agrégation interne ne portait que sur la période 1923-1939).

Il faut bien constater à ce sujet, et surtout pour les questions de civilisation qui continuent à effrayer quelque peu (tant les candidats que certains préparateurs), la multiplication d’ouvrages de synthèse (ou de publications collectives), d’intérêt certes inégal, par des maisons d'édition privées spécialisées dans ce créneau porteur, ou des éditeurs universitaires, l’organisation de colloques et de journées d’études donnant lieu à publication et la publication d’articles de revues plus ou moins spécialisés. Les réactions à ce type de manifestations et de publications sont loin d’être unanimes, il faut bien le reconnaître.

Certaines équipes de recherche orientent ainsi une part relativement importante de leur activité de recherche autour des programmes des concours de recrutement. Faut-il s’en réjouir ou au contraire le déplorer? Les programmes des concours de recrutement jouent-ils donc un rôle important dans l’orientation de la recherche hispanique, ou tout au moins dans sa production, en ce qui concerne la divulgation des résultats de la recherche? Il est vrai qu’une part non négligeable de nos enseignements y est consacrée.

Pour certains, la liaison, pas toujours évidente, entre enseignement et recherche serait, sous cette forme, partiellement réalisée. Pour d'autres, le lien ainsi créé entre concours de recrutement et recherche suscite des regrets, voire une franche opposition.

De nombreuses universités sont actuellement – ou vont l'être très prochainement – en cours d’élaboration de leur prochain contrat quadriennal, ce qui risque d’entraîner de nouveau certaines restructurations, pas toujours faciles à réaliser et parfois même douloureuses, et ce dans le cadre de stratégies locales et ministérielles qui visent, en fin de compte, à la réduction du nombre d'équipes de recherche et au resserrement des moyens autour de « pôles d'excellence ».

Déjà Michel Moner soulignait en 1996 l’hétérogénéité des équipes de recherche en fonction de l’importance de l'Université de rattachement et de la place et de l’enracinement des études hispaniques, ainsi que les effets liés au principe du recrutement des chercheurs sur le site universitaire où ils enseignent18. Il est clair que lorsqu’une équipe rassemble l’ensemble des enseignants-chercheurs d’un département et vise à n’en exclure aucun a priori, le programme retenu (sauf à constituer des sous-axes plus spécialisés, en fonction notamment de la chronologie, voire de la thématique) ne peut être que « le plus grand dénominateur commun possible ».

Faut-il, par conséquent, penser à une organisation de la recherche sous une forme inter-universitaire et non plus strictement locale, ce qui permettrait ainsi de donner une plus grande spécificité et visibilité aux recherches portant sur l’Espagne des XVIIIe et XIXe siècles? Apparemment, les stratégies locales et ministérielles ne vont pas dans ce sens. L’existence de réseaux spécialisés de recherche (qui pourraient se faire simplement sous une forme électronique), de synergies d’équipes ou de groupes, pouvant répondre, par exemple, à des appels d’offre nationaux (tels les ACI, Actions concertées incitatives) ou européens (comme les actions intégrées dites « Picasso » entre la France et l’Espagne, déjà évoquées), peut-elle être une solution satisfaisante à cet égard?

La question des moyens matériels (que ce soit, notamment, à propos des locaux ou des postes de secrétariat) demeure enfin une question toujours préoccupante pour l’ensemble des équipes de recherche, quelle que soit leur taille. La mutualisation des moyens et notamment l'intégration dans une MSH (Maison des Sciences de l'Homme), à condition bien entendu qu'elle soit « généraliste » comme celle qui nous accueille à Poitiers pour ces Journées d’études, peuvent sans doute répondre à une partie de ces problèmes.

  • Françoise étienvre

    Université de Paris III - Sorbonne Nouvelle.

  • Jean-Louis Guereña

    Université François Rabelais, Tours.

Pour citer cet article :  étienvre Françoise et Guereña Jean-Louis (2006). "La recherche dans le domaine espagnol. XVIIIe-XIXe siècles".  Actes des journées d'études de la Société des Hispanistes Français, Poitiers, 12 et 13 mai 2006.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/shf/document149.php

Notes

1 En dehors des publications de la S.H.F., citées plus loin, voir pour le XIXe siècle les bilans de l'hispanisme français dressés par Jean-René AYMES, « La aportación del hispanismo francés (1975-1998) al conocimiento de la España del siglo XIX (1808-1868) » et Jean-François BOTREL, « Las miradas del hispanismo francés sobre la España contemporánea (desde 1868) », Ayer, Madrid, nº 31 [España: la mirada del otro, éd. par Ismael SAZ], 1998, pp. 19-41 et 59-82, Jean-François BOTREL et Jacques MAURICE, « El hispanismo francés: de la historia social a la historia cultural », Historia Contemporánea, nº 20, 2000, et Carlos SERRANO, « El hispanismo francés y la España contemporánea », Arbor, Madrid, nº 664, Avril 2001.
2 Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, Bulletin bibliographique (1973-1974) et suivants (15 volumes publiés à ce jour, le dernier portant sur la production bibliographique des hispanistes français pendant les années 2000-2001). Ces Bulletins sont également disponibles sur un CD-ROM ainsi que par Internet sur le site de la S.H.F.
3 Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, Les centres de recherche de l'hispanisme français, s.l., S.H.F., 1986, 147 p.; Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, Hispanisme français et recherche. Production, évaluation, diffusion (II Journées d'Études, Paris, 16-17 mars 1990, s.l., S.H.F., 1991, pp. 93-100; Michel MONER, « Les Centres de recherche de l'hispanisme français », et Éliane LAVAUD, « Centres de recherches sur le monde ibérique et ibéro-américain en France », in Éliane LAVAUD-FAGE & Michel MONER (Éds.), Doctorat et Recherche dans l'hispanisme européen. Actes des Journées d'Études de Paris et Saint-Jacques de Compostelle, 9-11-12 mai 1996, s.l., Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, 1998, pp. 33-35 et 115-211.
4 En dehors des sites Internet des équipes, nous nous sommes appuyés sur les informations contenues dans les annuaires de la S.H.F., en particulier celui de 2004-2005, et sur les renseignements transmis par divers responsables suite à l'enquête qui leur avait été adressée.
5  La civilisation en questions. Actes des journées d'études de la Société des Hispanistes Français, Préface de Jacques SOUBEYROUX, Paris, INDIGO & côté-femmes éditions, 2003, 147 p.
6 Jean-Louis GUEREÑA, « Civilisationnistes ou historiens? », in La civilisation en questions, op. cit., pp. 41-44.
7 Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, La recherche hispanique en France (1962-1984). Espagne et Amérique Latine. Actes du XXe Congrès (Madrid, 30 mars - 1er avril 1984), s.l., S. H. F., 1985, pp. 109-129 (« Espagne: XVIIIe-XIXe siècles (jusqu'en 1833) », par Guy Mercadier [rapport] et Lucienne Domergue [compte-rendu de la discussion]) et 131-161 (« Espagne: XIXe-XXe siècles », par Jean-François Botrel [rapport] et Serge Salaün [compte-rendu de la discussion]).
8 Société des Hispanistes Français, La recherche des hispanistes français (1984-1998). Journées d'Études Paris, 20-21 mars 1998, s.l., Société des Hispanistes Français, 2000, pp. 115-132 (« Bilan de la recherche sur l'Espagne du XVIIIe siècle » par Jacques Soubeyroux) et 133-148 (« Bilan de la recherche hispanique en France: Espagne, XIXe (1984-1996) » par Jean-François Botrel).
9 Guy MERCADIER, « Espagne: XVIIIe-XIXe siècles (jusqu'en 1833) », in La recherche hispanique en France (1962-1984), op. cit., p. 112.
10 Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, Les centres de recherche de l'hispanisme français, op. cit., pp. 39-40. Voir aussi Aspects du XIXe siècle ibérique et ibéro-américain. Actes du XIIe Congrès de la Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur Lille 1976, Lille, Publications de l'Université de Lille 3, 1977, 107 p.
11 Jean-Michel DESVOIS (Éd.), Prensa, impresos, lectura en el mundo hispánico contemporáneo. Homenaje a Jean-François Botrel, Pessac, PILAR, 2005, 584 p.
12 Jean FRANCO, "Thèses soutenues et en cours en études ibériques et latino-américaines", in Éliane LAVAUD-FAGE & Michel MONER (Éds.), Doctorat et Recherche dans l'hispanisme européen, op. cit., pp. 17-25.
13 Voir Jacques MAURICE, "Penser le XXe siècle", in Jacques MAURICE (Éd.), Regards sur le XXe siècle espagnol, Nanterre, Université de Paris X-Nanterre, 1993, pp. 6-17.
14 Voir, par exemple, l'index thématique du Bulletin bibliographique de la S.H.F. (Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, Bulletin bibliographique 2000-2001, s.l., Société des Hispanistes Français de l'Enseignement Supérieur, 2003, p. 294).
15 Jean-François BOTREL, "Bilan de la recherche hispanique en France: Espagne, XIXe (1984-1996)", in La recherche des hispanistes français (1984-1998), op. cit., p. 146.
16 Citons ainsi les publications issues de l'un de ces programmes: Roberto FERN?NDEZ y Jacques SOUBEYROUX (Eds.), Historia social y literatura. Familia y clases populares en España (siglos XVIII-XIX), Lleida, Editorial Milenio-Université Jean Monnet, 2001, 324 p., et Historia social y literatura. Familia y burguesía en España (siglos XVIII-XIX). Volumen 2, Lleida, Editorial Milenio, 2003, 358 p.
17 Sur les études doctorales en Espagne, voir Luis IGLESIAS FEIJOO, "Los estudios del Doctorado en España", in Eliane LAVAUD-FAGE & Michel MONER (dir.), Doctorat et Recherche dans l'hispanisme européen, op. cit., pp. 55-58.
18 Michel MONER, « Les Centres de recherche de l'hispanisme français », in Éliane LAVAUD-FAGE et Michel MONER (Éds.), Doctorat et Recherche dans l'hispanisme européen, op. cit., p. 34.
 
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