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Rapport sur les équipes transversales

Par Nadine Ly et Michèle Ramond

Publié en ligne le 28 septembre 2006

Les réponses à notre lettre, toutes amicales et précises, nous ont permis d’éclairer, avec la participation de nombreux collègues intéressés par l’atelier sur les Équipes transversales, les notions de pluridisciplinarité, interdisciplinarité, transversalité. Voisines, ces notions ne sont pas strictement équivalentes, elles caractérisent toutes trois cependant les équipes qui s’étaient déclarées « transversales » et qui déclinaient leur transversalité selon ces modalités :

  • Réunion de plusieurs disciplines où l’Espagnol pouvait parfois occuper une place non prioritaire ;

  • Regroupement (malgré l’éclatement disciplinaire parfois très important) autour d’une proposition théorique ou méthodologique, ou d’une aire déterminée (linguistique, historique, géographique, chronologique), ou d’une interférence thématique permettant d’identifier l’équipe (par exemple : Histoire, fiction, mémoire,  ou Conflits d’interprétation, ou Cultures et intertextualités) ;

  • A partir du moment où le regroupement pluridisciplinaire se fait autour d’un intérêt scientifique original, bien profilé, on est tenté de recourir au terme d’interdisciplinarité. Mais l’interdisciplinarité peut aussi se jouer, au sein d’une équipe pluridisciplinaire, à l’occasion des axes ou des thèmes de recherche programmés pour 2 ans, plus singuliers, plus restreints que les aires et intérêts scientifiques de l’équipe, par exemple : Ecritures et figures de la fête depuis la Renaissance, ou Médiations littéraires et culturelles de l’altérité : interaction, fluctuation, tension, ou Transmissions : héritage, influences, dette, reconnaissance, filiation.

Quelles seraient alors les caractéristiques d’une transversalité bien comprise ? Plus que d’axes de convergence scientifique des diverses composantes d’une équipe, il pourrait s’agir d’une volonté marquée de travail en commun autour d’une problématique au long cours, d’ordre esthétique, historique ou philosophique : Le sujet et ses expressions, Créations individuelles et collectives, Histoire et Fiction.

Ces problématiques partagées par l’ensemble des partenaires impliquent une dynamique transversale ciblée et constante, un travail commun et solidaire qui confèrent à l’équipe sa vraie singularité. Généralement, ces problématiques impliquent une trans-généricité (masculin/féminin ; littérature/peinture/musique), un passage des frontières, une continuité des conflits ou des positions philosophiques, un intérêt constant et partagé pour les rituels sociaux, les croyances, les mythes et les cultures dans une aire déterminée.

La transversalité sera d’autant plus visible que l’équipe est au départ homogène, point trop éclatée en domaines disciplinaires diversifiés. Néanmoins, nous avons ressenti en atelier une grande difficulté au moment d’apprécier si une équipe était plutôt interdisciplinaire ou transversale. Or la question du choix terminologique s’impose avec la plus grande urgence à chaque équipe concernée au moment de constituer son dossier de création ou de renouvellement quadriennal, et sur ce sujet les critères du MEN sont également très flous et changeants.

L’effort de définition ou de redéfinition de ces notions limitrophes de pluridisciplinarité, interdisciplinarité et transversalité, qui a caractérisé notre réunion en atelier, n’était pas, nous tenons à le souligner, une coquetterie de l’esprit. Il faut savoir que toute équipe qui joue la carte de la transversalité risque de le payer cher au moment de son renouvellement par le Ministère si cette transversalité revendiquée paraît plus rhétorique que réelle. Certains peuvent le dire d’expérience. Notre travail « philologique » sur des termes et des notions voisins avait pour objectif de partager avec tous cette expérience afin de permettre aux dossiers d’équipes « transversales » d’obtenir la reconnaissance que celles-ci méritent.

La « transversalité » constitue rarement un domaine de recherche pour les doctorants, cependant elle donne aux recherches individuelles une ouverture culturelle et intellectuelle très appréciable et les travaux réalisés au sein de ces équipes gagnent en puissance :

  • Contextualisation du corpus ;

  • Perspectives idéologiques, psychanalytiques, philosophiques, historiques du travail analytique toujours mené en résonance avec le milieu littéraire, artistique, avec l’histoire des idées, avec l’héritage culturel.

Nous n’avons pas confectionné de questionnaire mais adressé une invitation à décrire les équipes « estimées transversales ». Il nous a semblé, en effet, que les diverses équipes d’accueil ayant répondu avec un grand soin aux formulaires d’enquête techniques, précis et détaillés qui leur avaient été envoyés, il n’était sans doute pas utile de les surcharger en leur imposant le détail d’un questionnaire de plus. Certains collègues nous ont d’ailleurs remerciées de leur avoir permis d’aborder librement la question de la transversalité dans leur équipe ou dans leur centre. Nous avons reçu 13 réponses auxquelles les débats en atelier ont apporté d’appréciables compléments. Plusieurs lignes de force se dégagent des dossiers reçus et de la réactivité, efficace et chaleureuse, des collègues présents à l’atelier :

  • L’analyse et la définition des notions, telles qu’indiquées plus haut ;

  • Le caractère institutionnel des regroupements ou des fusions d’équipes ;

  • Les heurs et les malheurs de la transversalité.

Les réponses émanent des universités suivantes :

  • Angers - EA 3861 GRILUA, Groupe de recherches inter – langues de l’Université d’Angers, Histoire, fiction, mémoire (hispanistes majoritaires, germanistes, anglicistes, un italianiste), Roselyne MOGIN. Fusion recommandée avec le CRILA (angliciste).

  • Artois - CERACI, Centre de recherches de l’Artois sur les Cultures et Intertextualités (anglais, espagnol, allemand, chinois) : regroupement conseillé avec le CERTA, Linguistique et traductologie, et le CRELID, Centre de recherches sur les Littératures, Imaginaire et Didactique), Françoise HEITZ

  • Besançon - EA 3224 Littératures et Histoire des Pays de Langues européennes, Gérard BREY (Allemand, Anglais, Espagnol, Italien, Portugais, Littérature comparée, Musicologie, Histoire). Deux axes : Médiations littéraires et culturelles de l’altérité : interaction, fluctuation, tension et Ecritures et figures de la fête depuis la Renaissance.

  • Bordeaux 3 - EA 3656 AMERIBER, Nadine LY, Poétiques et Politiques : Pays ibériques et ibéro- américains, inclut cinq centres : l’ERSAL (équipe de recherches sur l’Amérique latine : Les littératures de l’enfermement), le GRIAL (groupe interdisciplinaire d’analyse littérale : La fin du texte), le CARHISP (Caraïbe hispanophone : Résistances à la mondialisation),  l’ERPI (équipe de recherche sur la Péninsule ibérique : Modèles culturels) et Mitoyennetés méditerranéennes, Langues croisées, mots croisés. Axe commun : Clôtures et mondes clos dans le monde ibérique et ibéro–américain.

  • Grenoble 3 - EA 613 ILCEA, Institut des Langues et des Cultures d’Europe et d’Amérique incluant le CERHIUS (Centre d’Etudes et de Recherches hispaniques : Rio de la Plata, Espagne ancienne, Espagne contemporaine et Traductologie), Michel LAFON

  • Limoges – Les hispanistes se répartissent entre deux EA pluridisciplinaires : EHIC (Espaces humains et interactions culturelles, Littérature comparée) et CERES (Etudes sémiotiques), Anne-Marie CAPDEBOSCQ

  • Nancy 2 – Groupe de Recherches : XVIe et XVIIe siècles en Europe, intègre ROMANIA, Centre interdisciplinaire de Recherche sur les Lettres et les Cultures Françaises et Romanes, un groupe italianiste et un groupe sur le monde luso-hispanophone, Marie ROIG MIRANDA. Thème commun : Identité culturelle, Mémoire.

  • Nantes – EA 3824 CERCI, Centre d’Etudes et de Recherches sur les Conflits d’Interprétation (conflits philosophiques et philologiques autour des littératures allemande, américaine, française, la philosophie, les arts du spectacle, puis l’info – com, les littératures anglaise, espagnole, hispano –américaine, la didactique, les littératures scientifiques, et enfin la sémantique et l’analyse du discours), Jean-Marie LASSUS

  • Nice – CIRCLES (Centre interdisciplinaire Récit, Cultures, Langues et Sociétés) regroupant cinq groupes : GNA (Groupe de narratologie appliquée), GREP (Groupe de recherches d’Esthétique et de Poétique), ICE (Idéologies, Contextes, Enonciation), IRÉ (Image et récit), GRDL (Groupe de recherche sur la Didactique des Langues), Marc MARTI. Trois axes : Langues, Littératures et Arts, Civilisations et Cultures. Thématique commune : Ethnologie de l’énonciation.

  • Paris 4 - EA 2561 CRIMIC, Centre de recherches interdisciplinaires sur les mondes ibériques contemporains, Sadi LAKHDARI, inclut six centres : SAL (Séminaire Amérique Latine), LPH (Littérature et psychanalyse hispanique), PI (Poésies ibériques), EL (Études lusophones), CEC (Civilisation de l’Espagne contemporaine) et SIMIC (Séminaire Images dans le Monde Ibérique contemporain).

  • Paris 8 - EA 3055 TRAVERSES, Littérature, Psychanalyse, Arts, Mémoire (Domaines ibériques et ibéro – américains contemporains), Michèle RAMOND, regroupe quatre équipes internes : ETUDES CATALANES, LI.RI.CO. (Littératures du Rio de la Plata contemporaines), GRADIVA (Créations au féminin), ALHIM (Amérique Latine, Histoire, Mémoire).

  • Paris 8 – EA 1570 Centre de recherche en linguistique, littératures et civilisation romanes, Danièle BUSSY-GENEVOIS et Françoise DECROISETTE, regroupe cinq équipes internes : Approches comparatives en langues romanes, Italie des XIXe et XXe siècles, Arts du spectacle (Italie des XIXe et XXe siècles), ERESCEC (Equipe de recherche sur les sociétés et les cultures de l’Espagne contemporaine – XIXe et XXe siècles-), Littérature, politique et religion en Espagne et en Italie entre XVe et XVIe siècles.

  • Saint-Etienne - GRIAS (Groupe de recherches ibériques et ibéro-américaines de Saint - Etienne), l’un des six centres rattachés à l’EA 3069 CELEC (Centre d’Etudes sur les Littératures étrangères et comparées : anglicistes, germanistes, italianistes, comparatistes et didacticiens), Philippe MEUNIER

  • Toulouse 2 - Infantina : Littératures pour enfants dans les littératures hispaniques, Michel MONER et Españ@31, Monique MARTINEZ.

Comme les réponses analysées dans les autres ateliers, celles qui concernent les équipes transverses correspondent à des situations variées et font apparaître plusieurs types de dynamiques pluri- ou inter-disciplinaires et transversales, par exemple :

  • Des équipes qui relèvent de l’hispanisme institutionnel, visible et reconnu comme domaine prioritaire d’une université, équipes dont la pluri-disciplinarité est interne, c’est-à-dire intra - hispanique et hispano-américaine. On peut citer le CRIMIC, EA 2561 de Paris 4, AMERIBER, EA 3656 de Bordeaux 3 et TRAVERSES, EA 3055 de Paris 8 ;

  • Des équipes dont la pluri-disciplinarité peut être jugée « hallucinante » : elles émanent de regroupements imposés et correspondent à la nécessité impérieuse de prévoir un laboratoire d’accueil pour les doctorants de toutes les disciplines, souvent peu nombreuses dans des universités de petite taille. Imposées par les instances ministérielles, la pluri-disciplinarité et l’inter-disciplinarité permettent que des thématiques transversales, trans-disciplinaires réunissent les enseignants chercheurs dans des dynamiques réellement fédératrices. Peuvent être signalés deux cas spectaculaires de pluri-disciplinarité contrainte, correspondant à une logique gestionnaire : le CERACI de l’Université d’Artois, le GRILUA d’Angers ;

  • L’Université de Limoges offre un exemple dramatique de dissolution ou d’effacement de l’hispanisme en tant que tel dans des équipes d’accueil à la fois pluri-disciplinaires et transversales, l’EA EHIC et l’EA CERES ;

  • Au contraire, certaines équipes pluri-disciplinaires structurées par une problématique transversale et trans-disciplinaire permettent la visibilité et la promotion de la recherche hispaniste : l’EA 3069 CELEC de Saint –Etienne, l’EA 3224 Littérature et Histoire des Pays de Langues européennes, le CIRCLES de Nice, l’EA d’Etudes Romanes de Paris 8, l’équipe XVIe et XVIIe siècles en Europe, etc ;

  • L’équipe FRAMESPA à Toulouse-le-Mirail est une structure fédérative réunissant des collègues appartenant à des équipes différentes pour des programmes particuliers, par exemple le groupe Infantina, Littératures pour enfants dans les pays hispaniques.

La transversalité, on le voit, concerne au premier chef les programmes et les thématiques : à ce titre, elle concerne autant les équipes mono-disciplinaires que les équipes pluri-disciplinaires institutionnelles.

En ce qui concerne ces dernières, plusieurs questions se posent si, en plus des programmes transversaux, sont envisagées des thèses liées à ces programmes :

  • Les co-directions (différentes des co-tutelles) de thèse sont-elles institutionnellement admises ?

  • Quelles sections du CNU sont disposées à prendre en charge les thèses préparées dans le cadre d’équipes transversales pluri-disciplinaires ?

  • Existe-t-il des thèses véritablement transversales ? Le choix d’un directeur et d’un intitulé de doctorat n’induit-il pas une spécialisation et une qualification par la section du CNU correspondante ? Cette section n’est-elle pas tentée de renvoyer le dossier à d’autres sections ?

  • Que deviennent ces docteurs au moment des concours de recrutement ?

  • Dans le cadre de la formation à la recherche, les Ecoles Doctorales sont des hauts lieux de la transversalité, mais celle-ci y est conçue plus comme un apport de culture générale et une ouverture vers des problématiques générales que comme un tremplin en vue d’éventuelles « spécialisations » proprement transversales.

S’il faut apporter une conclusion provisoire à ces questions et à l’état des lieux que les réponses reçues ont permis d’établir, on pourrait dire que la pluri-disciplinarité, imposée ou décidée par choix, permet de regrouper et d’associer des champs disciplinaires différents ; l’inter-disciplinarité amène à échanger et à collaborer autour de problématiques communes ; la transversalité efface les différences et laisse entendre une seule voix : celle d’un programme scientifique qui peut prendre la forme de PPF (Programmes pluri-formations), par exemple, susceptibles de transcender les équipes, mais qui ne sont pas habilités à recevoir des doctorants. Le problème n’est pas résolu de savoir ce qui est prioritaire : les équipes ou les programmes.

Pour citer cet article :  Ly Nadine et Ramond Michèle (2006). "Rapport sur les équipes transversales".  Actes des journées d'études de la Société des Hispanistes Français, Poitiers, 12 et 13 mai 2006.

En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/shf/document126.php (consulté le 22/09/2017).

 
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